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LA LENTEUR


En 2006 naquit une petite maison d’édition aussi discrète que lumineuse. Les lucioles n’ont pas tout-à-fait disparu ! Montée sous forme de SARL « dans les mois suivant la lutte contre le Contrat Premier Embauche (CPE), par des personnes ayant participé à diverses luttes dans les universités, et qui s’étaient politisés dans le contexte du mouvement anti(alter)-mondialisation et de la lutte contre l’introduction des OGM dans l’agriculture et la médecine », les éditions La Lenteur se donnent comme axe de travail la publication de textes anti-industriels, aussi bien des rééditions que des nouveautés, du moment qu’ils « ont en commun de considérer le déferlement technologique comme une source essentielle du fatalisme politique ambiant ». Les actuels membres du comité éditorial (quatre personnes, dont deux des fondateurs) ont notamment « fait partie du groupe Oblomoff, collectif critique de la recherche scientifique et de son rôle dans la société industrielle », pour qui la science est, aujourd’hui plus que jamais, une fuite en avant, sans fin, permettant le déploiement du projet capitaliste – parce qu’elle y est intrinsèquement liée. « Le développement de machines et d’ordinateurs toujours plus puissants, depuis des décennies, accroît globalement l’exploitation au travail et l’aliénation dans le quotidien. Loin de libérer l’humanité, la technique moderne a attaché les personnes au corps social d’une manière inédite et régressive. À l’âge d’Internet, l’espace public et l’imaginaire sont saturés de signes et de marchandises qui n’ont plus d’autre sens que leur production et leur obsolescence ». Chez La Lenteur, du coup, on produit peu, mais on produit bien. « Notre rythme idéal est de trois parutions chaque année (parfois, nous nous laissons entraîner à faire plus) ; depuis le début, nous pensons que beaucoup de très bons livres (et énormément de mauvais) sont déjà disponibles, et qu’il ne faut pas forcément en rajouter à tout prix ». Ne pas noyer le lecteur sous une masse de publications est aussi lui laisser le temps de digérer les données acquises, par lui-même et à son rythme : une quinzaine de titres en dix ans, auxquels il faut ajouter les exemplaires des revues L’Inventaire et Notes et morceaux choisis. Si cette quantité peut passer pour légère au regard de celle des autres éditeurs de critique sociale de l’époque, c’est avant tout et surtout parce qu’elle n’est pas un flux qui écrase tout sous la perpétuelle nouveauté. Milan Kundera a écrit : « Il y a un lien secret entre la lenteur et la mémoire, entre la vitesse et l’oubli. Évoquons une situation on ne peut plus banale : un homme marche dans la rue. Soudain, il veut se rappeler quelque chose, mais le souvenir lui échappe. À ce moment, machinalement, il ralentit son pas. Par contre, quelqu’un qui essaie d’oublier un incident pénible qu’il vient de vivre accélère à son insu l’allure de sa marche comme s’il voulait vite s’éloigner de ce qui se trouve, dans le temps, encore trop proche de lui. Dans la mathématique existentielle cette expérience prend la forme de deux équations élémentaires : le degré de la lenteur est directement proportionnel à l’intensité de la mémoire ; le degré de la vitesse est directement proportionnel à l’intensité de l’oubli »1.

Pour les éditions La Lenteur, donc, on n’oubliera pas Tchernobyl (réédition en 2012 de Tchernobyl, une catastrophe de Bella et Roger Belbéoch) – quand bien même « nous savons que les publications sur le nucléaire et ses méfaits sont souvent des catastrophes éditoriales, c’est un sujet dont presque personne ne veut entendre parler » - ; on n’oubliera pas E. Armand (L’initiation individualiste anarchiste - 1923 -, republié avec Le Ravin Bleu en 2014), ni même Le socialisme sans le progrès de Dwight MacDonald (nouveau titre et nouvelle traduction, certes, pour ce texte de 1946 paru en français chez Spartacus en 1948 – et réédité, donc, en 2011), ni non plus le court La langue vulgaire de Pier Paolo Pasolini (première traduction française en 2013, cette intervention date de 1975). Ces textes ont beau avoir quelques années voire quelques décennies, ils sont toujours – voire plus que jamais - pertinents. Côté nouveauté, outre les numéros des revues L’Inventaire (le n°4 est tout juste là) et Notes et morceaux choisis (le dernier des 6 numéros publiés, le n°12, paru au printemps 2016, est consacré à la nuance originelle industrialisme/libéralisme), on notera La liberté dans le coma. Essai sur l’identification électronique et nos moyens de s’y opposer (formidable essai, paru en 2013, du groupe Marcuse), qui va bien au-delà du thème de la surveillance ; Sivens sans retenue (recueil d’interventions écrites lors de l’occupation de cet ex-projet de barrage, à l’automne 2014) ou Le monde en pièces. Pour une critique de la gestion I : Quantifier (paru en 2012 – le titre est évocateur, non ?).

S’il n’y a pas de collections dans lesquelles ranger ces publications, c’est « pour souligner l’unité de ce que nous publions après concertation entre nous tous ». Du consensus, donc, mais aussi de la délégation pour certaines taches : « Le travail éditorial est bénévole. Un graphiste est rémunéré pour faire la maquette, la couverture, la mise en page. [...] Nous recourons aussi aux services de correctrices/teurs professionnelles. Nous n’avons pas de traducteur attitré, nos différentes publications traduites de l’anglais l’ont été par des personnes différentes. » Sont tirés entre 1000 et 2000 exemplaires par livres, lesquels atteignent les tables des librairies par le biais de Hobo diffusion. À venir : « Sur la révolution syrienne, un recueil de documents en soutien à l’insurrection civile et laïque, prise en étau entre diverses formes de fascisme ; Lénine face aux moujiks, réédition du titre de Chantal de Crisenoy ; le numéro 5 de L’Inventaire, qui contiendra des notes de lecture sur le jihadisme et la situation au Moyen Orient ».
Critiques des idéologies totalitaires, du monde tel qu’il s’en ressent et/ou qui le les génère, et donc de ce que la razzia numérique veut dire, on n’est pas dupe, chez La Lenteur : « cette évolution n’a pas épargné les métiers du livre. Les libraires ont les yeux rivés à leur ordinateur, les dépôts des distributeurs sont truffés de puces RFID, et les éditeurs envoient à tour de bras des fichiers préalablement passés au correcteur orthographique. (...) le livre est devenu une marchandise produite en masse, circulant à toute vitesse de l’auteur à l’éditeur à l’imprimeur au diffuseur au libraire au pilon, sollicitant avidement l’intérêt du lecteur, qui n’en demandait pas tant ». Bref. « "On n’arrête pas le Progrès", dit le proverbe. Nous avons choisi quant à nous d’aller à notre rythme, et de rendre publics les opinions réticentes à cet état des choses ».

1 Milan Kundera, La lenteur, Gallimard, Paris, 1995 (re-éd. 2012), p. 51

La Lenteur
127 rue Amelot
75011 Paris

L’équipe de Quilombo vous présente des éditeurs engagés. Une table présentant les principaux livres leur est dédiée à la librairie et vous pouvez bien sur nous commander tous les titres par correspondance.


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