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Léon TolstoÏ

Contre le fantasme de toute-puissance


« Quoi qu’il arrive, les hommes ne seront pas réduits à remuer la terre avec des pieux et à faire usage pour s’éclairer de chandelles de résine. Les progrès techniques qu’ils ont réalisés au prix d’un douloureux esclavage resteront acquis définitivement. Que les hommes comprennent seulement qu’ils ne peuvent pas sacrifier à leurs jouissances la vie de leurs semblables ; ils sauront alors appliquer tous les progrès de l’industrie pour sauvegarder, au lieu de compromettre, tant d’existences précieuses, et conserver le pouvoir conquis sur la nature dans la mesure où il est conciliable avec l’émancipation de leurs frères. » (Tolstoï, 1900)

À juste titre, le grand public connaît et admire en Léon Tolstoï l’immense écrivain, maître de la littérature mondiale et auteur des chefs-d’œuvre Guerre et Paix (1869) et Anna Karénine (1877). Dans les années qui suivirent la parution de son second grand roman, au terme d’un pénible retour sur soi, il renoua avec un christianisme purifié de ses mystères et de ses superstitions, pour en extraire les principes de la non-résistance au mal par la violence qui influencèrent grandement Gandhi. Ses textes chrétiens, ses analyses d’économie politique ou son observation des pratiques et des valeurs paysannes en font aussi à bon droit un précurseur de la décroissance. Sur des questions telles que le sens du travail, l’utilité de la production, la satisfaction des besoins, la marchandisation des biens communs – et, au premier chef, de la terre –, la place des innovations techniques dans la société, la définition de la culture, le rapport entre la ville et la campagne, et enfin la notion de progrès, Tolstoï a une vision très cohérente.

Sans être tenu d’adhérer à leurs présupposés théologiques, ces écrits contiennent un enseignement précieux pour qui voudrait lutter, d’abord par son attitude ordinaire, contre le délire d’une société fondée sur l’idée de toute-puissance. Mais Renaud Garcia montre aussi que sur les questions de l’argent, du travail ou du « progrès », sa pensée, loin d’être celle d’un sage isolé, contient des propositions politiques susceptibles de servir de base à la transformation de nos sociétés.

Les extraits de Tolstoï sont tirés des ouvrages suivants : Guerre et paix (1864), Anna Karénine (1873), Ce qu’il faut faire (1888), L’argent et le travail (1892), Le Royaume des Cieux est en vous (1893), L’esclavage moderne (1900), Aux travailleurs (1902).


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