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Une auberge espagnole


« Nous sommes là depuis déjà plusieurs jours. Nous continuons en vain d’attendre une distribution de nourriture qui apaiserait notre faim. Et l’administration du camp demeure invisible. Nul ici n’est responsable de l’existence de ces milliers d’hommes entassés sur cette plage, sans manteaux, privés d’eau potable et de nourriture. Pour nous accueillir, seuls ont été prévus des carrés de terrain délimités par quelques piquets enfoncés dans le sable. Ils sont reliés entre eux par plusieurs lignes de barbelés, pour nous parquer comme on le fait pour les vaches. Mais nous n’avons que du sable pour ruminer notre misère et les raisons qui nous ont amenés là.
Les haut-parleurs viennent d’annoncer une bonne nouvelle. Ceux qui se regrouperont par dix et dresseront une liste écrite de leurs noms et prénoms auront droit à deux kilos de pain.
Je note huit noms de camarades et le mien. Il en manque un. Que faire ? Chercher un ami de plus ? Mais comment le trouver en si peu de temps ? J’inscris en tête de liste “Francisco de Goya y Lucientes”. Comme nous, mais un siècle auparavant, il connut l’exil. Aujourd’hui, grâce à la magie de son nom porté sur une liste d’affamés, Goya nous offre un morceau de pain supplémentaire. Il nous donne sa part. »

Sur un ton sans colère, ces « Chroniques d’un camp de républicains espagnols internés en février 1939 sur la plage de Saint-Cyprien (Pyrénées-Orientales) rapportées par un imprimeur et militant communiste » laissent voir l’amertume devant les trahisons et l’accueil honteux que la démocratie française a réservé à ceux qui fuyaient le fascisme.


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