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Marins, renégats & autres parias

L’histoire d’Herman Melville et le monde dans lequel nous vivons


En 1952, en plein maccarthysme, les Services d’Immigration et de Naturalisation américains arrêtent et emprisonnent C. L. R. James à Ellis Island. C’est là que James débute la rédaction de Marins, renégats & autre parias /L’histoire d’Herman Melville et le monde dans lequel nous vivons. Son interprétation de Melville prolonge une lecture de Moby Dick qui opposait à la volonté totalitaire du capitaine Achab -produit d’un individualisme poussé jusqu’à ses plus extrêmes limites- le pluralisme démocratique, et spécifiquement américain, représenté par le narrateur, Ismaël.
James fait de Achab la figure-type du totalitarisme, celui qui se retourne avec rage contre la civilisation du progrès matériel qui l’a vu naître, dans laquelle il a évolué et dont l’industrie de la chasse à la baleine est le parangon. Achab est pour James le symbole de la folie qui s’est emparé de la civilisation ; c’est un représentant du pouvoir d’autodestruction que recèle la maîtrise scientifique et technique du monde : Achab est un prototype de Hitler et Staline.
Selon James, avoir su dépeindre le type totalitaire tel qu’il allait s’incarner un siècle après fait de Melville -avec Shakespeare, Milton et Cervantes- l’un des rares écrivains qui ont vu le futur et ont su créer un personnage original. Mais si James reprend l’équation Achab=totalitarisme, il remet en cause sa contrepartie : Ismaël=démocratie... A l’instar des trois seconds du navire le Pequod, Ismaël reste impuissant face à Achab ; il est incapable de résister à sa folie totalitaire...
et il finit par s’y soumettre. Pourquoi est-ce le cas ? Parce qu’Ismaël est un "intellectuel moderne" qui a lui aussi rompu avec la société ; il se définit par son "isolement spirituel", sa répulsion envers le monde, une profonde misère psychologique. Ismaël n’est nullement la négation d’Achab ; c’est bien plutôt son double. En d’autres termes, la prétendue "démocratie américaine" ne peut qu’échouer à combattre le totalitarisme, car cette démocratie menace à tout instant de se renverser en son contraire...
comme le prouve le maccarthysme. Cela signifie-t-il que l’autodestruction de la civilisation est pour James irrémédiable ? Non, car il y a bien dans Moby Dick une force qui s’oppose à Achab : cette force c’est l’équipage du Pequod lui-même ; ce sont ces "marins, renégats et parias"...


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