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Les prolos


“Le jeudi 5 mai, par une matinée de printemps, nous nous retrouvons à quinze mille métallos regroupés sur le terre-plein de Penhoët. Juché sur la plate-forme d’un wagon, je reste sidéré pendant quelques instants par l’impression de puissance que donnent quinze mille hommes rassemblés pour un motif commun, pour un combat vital. Ce potentiel de violence m’effraie un peu, bien que je me sente solidaire de mes camarades. Quinze mille mâles qui domptent la matière à longueur d’année, et se déclarent ouvertement prêts à pendre par les couilles le directeur et ses adjoints si ces derniers ne leur donnent pas les moyens de vivre décemment, cela me fait l’effet d’une douche glacée. D’autant plus que mes leçons de catéchisme sont toujours aussi vives dans ma mémoire, notamment « ... panem nostrum quotidianum de nobis hodie ». Le pain quotidien ? À vrai dire les ouvriers ne tiennent pas à ce qu’on le leur donne, ils veulent l’arracher, l’obtenir par la force, pour une simple question de dignité, pour « ne pas avoir à baisser leur froc devant le patron ».”

Les prolos est un témoignage d’apprentissage comme il en existe des romans. On y suit un très jeune apprenti, issu du monde agricole des régions rurales de la Loire, pour qui le passage par la condition ouvrière est une étape dans un parcours de promotion sociale. C’est à Saint-Nazaire, dans les chantiers navals, que le chaudronnier se rapproche d’une classe ouvrière nullement enchantée, dans une progression dramatique qui culmine avec la grande grève de 1955. Le monde des Prolos, immédiatement postérieur à la reconstruction, est celui de la guerre froide, d’écarts et d’affrontements sociaux qu’on peine aujourd’hui à se représenter. C’est un monde presque entièrement disparu, qui a inspiré à Louis Oury un des classiques majeurs du témoignage ouvrier.


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