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La révolution défaite

Les groupements révolutionnaires parisiens face à la Révolution espagnole


La Révolution espagnole a porté, sur une brève durée, les espoirs révolutionnaires, à un point jamais atteint jusque là. « L’anarchisme a réellement conduit, en 1936, une révolution sociale et l’ébauche la plus avancée qui fut jamais d’un pouvoir prolétarien » notait Guy Debord. Pendant un temps, ce qu’il est aujourd’hui convenu d’appeler une guerre civile a été une révolution transformant radicalement toute une société.
La défaite de la Révolution espagnole, son écrasement conjoint par les nationalistes et les staliniens ferme le cycle ouvert par la Révolution française.
Les pratiques, les rêves, les utopies qui s’y étaient réunis cessent d’exister ou doivent se recomposer sous d’autres formes.
Dans le déroulement même de la Révolution espagnole, Paris a joué le rôle d’une base arrière. Paris s’est trouvé être tout à la fois le lieu de préparation,
de concentration des actions staliniennes, le lieu de la solidarité révolutionnaire et le point de rassemblement de toutes les tendances politiques qui faisaient de la Révolution espagnole l’enjeu vital de l’époque. C’est essentiellement à Paris que se forment les mythes et les idéologies qui façonnent encore l’imaginaire de la “Guerre civile”.
L’observation des révolutionnaires parisiens permet une vision plus claire de l’espoir suscité par cette Révolution, mais aussi des dérives qui ont provoqué son échec. Les révolutionnaires parisiens ne sont pas de meilleurs révolutionnaires que leurs camarades espagnoles, au contraire leurs formations sont affaiblies et loin de la force d’une CNT. C’est de leur position excentrée que leur vient leur rôle de gardien de l’utopie révolutionnaire.
Toute la mouvance radicale parisienne est secouée et traversée par ce qui se passe de l’autre côté des Pyrénées. Tous ces groupements font face au dilemme généré par le Komintern : Révolution sociale ou combat antifasciste. Ils perçoivent immédiatement que l’idéologie antifasciste recouvre et écrase
la révolution en cours.
Ces révolutionnaires sont de tous les combats et consacrent toutes leurs énergies et, parfois, leurs vies à ce qui leur semble le dernier espoir de
Révolution. Pierre Besnard, André Prudhommeaux, Michel Collinet, Robert Louzon, David Rousset, Charles Ridel, Victor Serge, Benjamin Peret, Nicolas Lazarevitch ou Simone Weil sont des noms parmi d’autres de ceux qui informent, acheminent des armes ou combattent directement.
Les défaites successives contre les ennemis franquistes ou staliniens les laissent désemparés et tous doivent repenser leur rapport à la politique et à
la Révolution.


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